Sociale rechtvaardigheid en vrede: een oproep

Het voorwerp van begeerte




Vrije concurrentie, oorlog van allen tegen allen, maakt ons sterker en helpt ons vooruit. En zo werd alles geprivatiseerd dat zich in gemeenschapshanden bevond. Na 1990 gingen de remmen volledig los. Waar geen prijskaartje aanhangt en aldus geen enkele waarde heeft kan verwaarloosd en desnoods vernietigd worden. Een blinkende auto op asfalt om de natuur te verkennen heeft waarde, maak er geen kras op of je zult het bezuren. De lucht die door dat object vervuild wordt, de dieren die doodgereden worden, de planten die vergiftigd worden, ze hebben geen enkele waarde, althans niet voor het heersende economische systeem.
 
Deze vorm van economie, waarbij alle kosten afgewenteld worden op diegenen die er part nog deel aan hebben, met een hypotheek op de toekomst van de mensheid, wordt met alle middelen verdedigd. Zolang dit niet wezenlijk veranderd laat dan alle hoop varen. Vooralsnog werkt het principe van de begeerte en hebzucht als nooit te voren. De kindertjes verinnerlijken het al op jonge leeftijd en heeft voor hen prioriteit. Fridays For Future of niet. Tegen die achtergrond las ik de nu volgende beschouwing, een appèl tot vrede.
 
 

EN RÉALITÉ, LA GUERRE SERA UNE DÉFAITE. POURQUOI ET QUE FAIRE ?

Riccardo Petrella

 

Crédit image: Marek Studzinski | Unsplash

La seule guerre qui vaille la peine d’être menée est celle contre la pauvreté
Jan Tinbergen, lauréat du prix Nobel d’économie

La guerre sera une défaite si son inévitabilité dans la tête des dominants gagne sur son rejet dans la tête des citoyens. L’exemple macroscopique de cette évidence est représenté par les Etats-Unis en état de guerre permanent. La lutte pour bannir la guerre continue.
 

La guerre est dans la tête des dominants

L’article 11 de la Constitution italienne (entrée en vigueur en 1948) stipule que l’Italie répudie la guerre. Au cours de ces 74 années, les groupes puissants du pays n’ont jamais agi dans le respect de l’article 11, ils ont régulièrement parlé de paix mais ont pratiqué la guerre en obéissant aux impératifs politico-militaires de leur principal allié (les États-Unis) et à la doctrine de l’atlantisme, l’Italie étant membre de l’OTAN depuis la création de ce qui est devenu au cours des vingt dernières années l’organisation militaire la plus puissante du monde.
 
La guerre, en tant que principal moyen de résolution des conflits et de gouvernance des relations internationales, est nichée dans le cerveau des puissants, surtout des plus puissants, aujourd’hui les États-Unis et les États membres de l’OTAN (comme la France, le Royaume-Uni). Puis il y a la Russie de la Poutine et les nostalgiques de l’ère tsariste et soviétique-stalinienne pour clore la liste avec les autres puissances nucléaires comme la Chine, l’Inde, le Pakistan, Israël, la Corée du Nord… L’une des pierres angulaires de la culture politique des dirigeants américains est « la paix par la force », une version moderne et plus forte de la croyance en vogue dans la Rome impériale « Si vis pacem para bellum ».
 
Un exemple dramatique en est la nouvelle phase de la guerre mondiale qui se déroule en Ukraine, d’une part, par les États-Unis et les membres de l’OTAN contre la Russie afin de profiter de l’effondrement de l’URSS en 1989 pour réduire une fois pour toutes la puissance militaire et économique russe. D’autre part, par la Russie contre les premiers avec l’invasion inacceptable et criminelle de l’Ukraine, qui est devenue le pion sacrificiel de la volonté de la Russie de ne pas céder à l’agression des États-Unis et des membres de l’OTAN. Depuis des décennies, la Russie est le principal rival et obstacle à la suprématie mondiale totale, militaire et politique, des États-Unis. Bien sûr, il en a été ainsi pour des raisons de puissance opposée et certainement pas pour défendre et promouvoir la démocratie et la justice dans le monde.
 
Dans ce contexte, les plus ardents opposants au cessez-le-feu en Ukraine sont les États-Unis par l’intermédiaire de l’OTAN, dont le Secrétaire général répète à tue-tête que la guerre ne doit absolument pas être arrêtée mais poursuivie jusqu’à ce que la Russie soit vaincue. Les mêmes mots et la même musique de la part de la président de la Commission européenne, ancien ministre fédéral allemand de la défense (sous son mandat, l’Allemagne est devenue le quatrième exportateur d’armes au monde). En troisième position vient le président ukrainien porté au pouvoir par le coup d’État de 2014 réalisé avec un soutien massif des États-Unis. Le nouveau gouvernement ukrainien représente des groupes d’extrême droite nationalistes anti-russes mais aussi traditionnellement antisoviétiques. Ainsi, le peuple ukrainien, principale victime de ce jeu mortel, est devenu un peuple totalement dépendant, acheté et exploité à hauteur de dizaines de milliards de dollars par les États-Unis et l’OTAN pour devenir une énorme épine dans le pied de la Russie. Enfin, mais non moins ardents que les premiers, nous trouvons les dirigeants actuels de la Russie qui ne pensent qu’à défendre la reconquête de leur pouvoir perdu en se présentant comme un symbole de résistance et de lutte contre la domination américaine du monde. La Russie accuse ouvertement les États-Unis d’essayer de détruire la sécurité de la Fédération de Russie et du peuple russe et de vouloir maintenir leur suprématie planétaire à tout prix, par la force et la guerre.
 
A cet égard, la Russie, ainsi que la Chine, l’Inde, l’Indonésie, l’Afrique du Sud, le Vietnam, et même, de manière plutôt embryonnaire, certains pays européens et la Chine de Taiwan n’ont pas tort de le penser, car les faits le confirment. Le dernier est la récente (7 octobre 2022) déclaration de guerre technologique et économique des États-Unis contre la Chine. Mais procédons dans l’ordre.

 

La guerre est dans l’esprit des groupes dirigeants américains depuis la « Doctrine Monroe » (1823)

Les faits nous montrent que la guerre est dans l’esprit des groupes dirigeants américains depuis 200 ans, suite aux proclamations du président américain James Monroe qui sont devenues la « Doctrine Monroe ». Dans son discours sur l’état de l’Union du 2 décembre 1823, James Monroe a déclaré que les États-Unis ne toléreraient aucune ingérence d’un autre État dans les affaires américaines. L’ensemble du continent américain, a-t-il déclaré, est une zone d’intérêt stratégique pour la sécurité des États-Unis. Toute interférence aurait été considérée comme une menace pour leur sécurité. Les déclarations de Monroe ont été la base du développement de l’impérialisme américain et de leur légitimité autoproclamée à affirmer leur souveraineté absolue et leur suprématie sur le continent américain.
 
Lorsque, après la Seconde Guerre mondiale, la suprématie mondiale des États-Unis et de l’Occident devint évidente, deux corollaires ont été ajoutés par les Américains eux-mêmes. Le premier (années 1950) affirmait que « ce qui est bon pour les États-Unis est bon pour le monde » et le second, « Avec nous ou contre nous », un axiome typique d’une culture impériale. Mais la véritable grande extension de la nature et de la portée politico-militaire de la doctrine Monroe, s’est produite dans les années 1990, par une profonde redéfinition de la conception stratégique de la sécurité américaine, sous les présidents Georges Bush et Bill Clinton. maîtres.
 
Cette extension est le résultat de la prise de conscience que dans un monde de plus en plus marqué par l’artificialisation de la vie sous toutes ses formes, technologisé et dominé par les valeurs et les critères de priorité de l’économie de marché capitaliste sur tout le reste, la sécurité économique (c’est-à-dire l’indépendance et l’autonomie en matière de propriété, de production et d’utilisation des ressources et des procédés, des produits et des services essentiels à la vie) constitue la clé stratégique de la sécurité d’un pays tout court.
 
En ce sens, la militarisation de l’économie, selon laquelle la sécurité militaire est essentiellement une sécurité économique, a fait du pouvoir de dominer et de contrôler les technologies de la connaissance (en particulier l’intelligence artificielle, la biotechnologie, les nanotechnologies et les matériaux rares) la moelle de la sécurité et de la suprématie. Cette sécurité se joue très majoritairement, plus encore que dans le passé « mythique » de la Haute finance du XIXe siècle, dans les immenses halls où sont entassés des milliers de gros ordinateurs avec leurs prothèses humaines (les opérateurs) où la finance algorithmique travaille au millième, voire au millionième de seconde, des milliards de transactions dont la valeur n’est plus connectée à l’économie réelle. Dans ce contexte, le pouvoir politique formel et la politique « publique » ont perdu une grande partie de leur fonction fondamentale. Les « seigneurs » qui habitent les palais gouvernementaux, ainsi que les salles parlementaires, ont de moins en moins d’influence sur le cours du jeu mondial.
 
La nouvelle doctrine stratégique américaine en matière de sécurité américaine et mondiale a logiquement inspiré le changement profond de l’objectif et du rôle de l’OTAN. D’une alliance militaire atlantique de défense en cas d’attaque militaire subie par un État membre, l’OTAN est devenue une alliance militaire globale d’intervention, même à titre préventif, pour sauvegarder la sécurité (dans le nouveau sens mentionné ci-dessus) des États membres, évidemment du plus puissant d’entre eux, les États-Unis.

Voir à ce sujet l’intéressant document préparé par le CNAPD, Belgique, il y a un mois.

L’autre guerre mondiale est en cours; la guerre technologique contre la Chine

C’est dans ce contexte que le 7 octobre, lors de la visite du président Biden d’une usine Volvo dans l’Etat du Maryland, a eu lieu la déclaration de la guerre technologique/économique des Etats-Unis contre la Chine.
 
Une décision prise unilatéralement sans consultation ni accord des « alliés » de l’OTAN. C’était une surprise, surtout pour le monde financier, mais c’était dans l’air. Quelques jours plus tard, le 12 octobre, Biden a officiellement présenté la « nouvelle » stratégie de sécurité « nationale » en tant que « puissance mondiale », centrée sur la « guerre économique et technologique » (la « guerre unique », disent les dirigeants américains) en particulier et surtout avec la Chine, considérée par eux comme la seule puissance pouvant changer l’ordre mondial.
 
C’est une guerre de la puissance américaine contre la Chine. Il ne s’agit ni d’une guerre de la Chine contre les États-Unis ni d’une guerre provoquée par la Chine. Les États-Unis ont formellement déclaré ces dernières années que la Chine était leur ennemi systémique (une déclaration reprise par la président de la Commission européenne il y a quelques mois), mais cela ne leur donne pas la légitimité pour déclencher une guerre technologique à l’échelle mondiale source de développements futurs très dangereux pour l’économie et la communauté mondiales.
 
Sous le prétexte que les Etats-Unis sont très préoccupés par le fait que, selon eux, la Chine se prépare à attaquer la Chine de Formose (une accusation américaine qui se répète régulièrement tous les cinq à dix ans), ce qui représenterait une atteinte grave à la sécurité américaine, les raisons de la déclaration de Biden sont clairement exposées dans le document susmentionné. Elles sont principalement dues à la prise de conscience et à la crainte de perdre le « leadership » mondial (comme ils l’appellent), précisément dans le domaine des technologies qui sont aujourd’hui de la plus haute importance stratégique pour la sécurité « nationale », comme celles des semi-conducteurs et des puces avancées, avec des applications infinies dans tous les domaines.
 
Venons-en aux faits, qui montrent que la guerre technologique américaine contre la Chine est un exemple paroxystique de la culture hyper-guerrière dans la tête de l’actuel système principal de domination mondiale.

Le 7 octobre, le président Biden annonce qu’il a approuvé une série de mesures visant à interdire l’exportation vers la Chine de tout type de puces pouvant être utilisées pour l’intelligence artificielle, la défense et les munitions à haute capacité. Or, les puces sont partout : dans les voitures, les téléphones, les implants cardiaques, les élevages d’animaux, la culture des légumineuses, les missiles à tête nucléaire, les spectacles, les hôpitaux… En outre, les mesures établissent un contrôle accru sur les ventes à la Chine d’instruments permettant la fabrication de semi-conducteurs Les mesures sont très lourdes quand on sait que la Chine doit importer 80% des composants électroniques nécessaires à ses industries. En 2019, elle a dépensé plus de 200 milliards, soit plus que ce qu’elle dépense en pétrole.
 
Autre fait, au cours des 30 dernières années, les entreprises américaines de semi-conducteurs ont transféré leur production à l’étranger. Dans les années 1990, les États-Unis représentaient 37 % de la production mondiale, contre à peine plus de 12 % aujourd’hui. Début août 2022, M. Biden a fait approuver un plan de 52 milliards de dollars pour rapatrier la production de la prochaine génération de semi-conducteurs.
 
« L’avenir sera fait en Amérique », a-il déclaré.
 
Troisième fait, très important : les mesures d’interdiction ne s’appliquent pas seulement aux acteurs économiques américains, mais aussi à toutes les entreprises des autres pays alliés et non alliés. Les Européens n’ont-ils pas été consultés ? Eh bien, en matière de leurs sécurité le message des Américains est clair :qu’ils obéissent. Cette injonction découle du fait que les États-Unis se considèrent comme « une puissance mondiale ayant des intérêts mondiaux », >leur sécurité est donc en jeu dans toutes les parties du monde parce qu’ils sont une puissance indo-pacifique, une puissance méditerranéenne, une puissance continentale américaine, etc.
 
Quatrièmement. Dans la semaine qui a suivi l’annonce, les principaux groupes de semi-conducteurs et de puces ont vu s’envoler plus de 250 milliards de dollars de valorisation boursière. Ils n’ont pas réagi en espérant récupérer rapidement leurs pertes dues à la surprise. Mais cela met en évidence le fait que parmi les principaux acteurs de la guerre technologique, un poids décisif sera joué par la finance mondiale. Il n’est pas certain que l’issue soit favorable à la coopération, à la justice, à la solidarité et à l’efficacité dans l’intérêt de tous.
 
Cinquièmement. En attaquant la Chine, les États-Unis sont maintenant en conflit ouvert simultanément avec la Russie et la Chine. Un peu trop, en vérité. Comment interpréter cette multiplication rapide des guerres mondiales provoquées par les États-Unis ? Inconscience, calcul prémédité (« one war »), signe d’une perte de confiance en soi de la part d’une puissance hégémonique, fuite en avant d’un dominant cherchant à conserver son ancienne puissance, manœuvre tactique de politique intérieure pour enlever à Trump ses arguments électoraux ?

Il n’est pas dans l’intention de cet article d’approfondir le sujet. Il suffit de souligner que quelles que soient les raisons, qui sont sans aucun doute variées, la raison fondamentale est une, une seule : empêcher la Chine de contester leur suprématie économique, militaire et politique mondiale. Pour atteindre cet objectif, les États-Unis sont prêts à à faire violence à un pays de 1,4 milliards de personnes à mettre en danger l’avenir de l’humanité et de la vie de notre planète Terre.

Les dirigeants américains se soucient peu du présent et de l’avenir des Afghans ou des Irakiens, des Russes comme des Ukrainiens, des Européens, des Centrafricains, des Vénézuéliens ou des Brésiliens, ou des Chinois de Formose. Ils ne sont pas non plus intéressés par le développement durable du monde et la survie de la vie sur Terre, la justice sociale, la paix. Tout confirme qu’ils sont avant tout intéressés par leur pouvoir, leur domination, leur « bien-être » et, par conséquent, qu’ils ne veulent pas changer le système qui leur a permis de devenir les dominants.
 

Que peut-on faire ? Éviter trois pièges

Apparemment, il est difficile de penser que l’on puisse faire quoi que ce soit, en particulier la chose la plus urgente : mettre un terme à la guerre en Ukraine et entamer des négociations en vue d’une résolution politique du conflit. À cela s’ajoute aujourd’hui l’impératif de faire cesser l’attaque américaine contre la Chine. C’est très difficile car la guerre est également entrée dans l’esprit de la majorité des citoyens dans presque tous les pays, même dans les pays scandinaves traditionnellement anti-guerre. Bien sûr, le mouvement pour la paix existe et est très actif dans de nombreux pays du monde et a également obtenu récemment des résultats très importants, comme le traité international sur l’interdiction des armes nucléaires, qui a été ratifié par plus de 50 États et est donc entré en vigueur dans le droit international. Bien entendu, aucune puissance nucléaire ne l’a approuvé, pas même l’Italie, qui, selon sa constitution, « rejette la guerre ». Bien que le mouvement pacifiste se soit fait de plus en plus sentir ces dernières semaines, son influence politique sur l’opinion publique reste limitée.
 
Le refus de condamner ouvertement et uniquement la Russie par un nombre important de pays d’Amérique latine, d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie est certainement un facteur encourageant Cela signifie que de nombreux États non occidentaux considèrent que les États-Unis et les pays de l’Union européenne sont directement coresponsables de la guerre en Ukraine. Cela ne signifie toutefois pas que la majorité de la population des autres continents a changé ses sentiments à l’égard de la guerre au point de se mobiliser pour l’arrêter.
 
La culture de l’inévitabilité de la guerre est encore très ancrée dans l’esprit des gens. Cela explique pourquoi, jusqu’à présent, les résolutions adoptées par les parlements nationaux contre la guerre, toutes les guerres, ont été rares ; faibles et sans influence sont les déclarations des organisations syndicales qui, une fois de plus, opèrent en ordre dispersé, et mal coordonnées au niveau mondial. Les manifestations en faveur de la paix de milliers d’associations et de mouvements de la société civile, les prises de position de centaines de lauréats du prix Nobel, les appels de personnalités du monde de la musique et de l’art, les appels continus et forts du pape François n’ont servi à ce jour à arrêter la guerre .
 
Cela dit, la solution ne réside pas dans les armes et encore moins dans le fait de laisser la voie ouverte à l’expérimentation d’une « petite » guerre nucléaire tactique dont la faisabilité et l’utilité entrent dans la tête des dominants accompagnée d’une certaine résignation des citoyens.
 
La situation rend nécessaire d’intensifier partout les manifestations de condamnation et de répudiation de la guerre afin de faire prendre conscience que nous ne pouvons pas vivre ensemble avec un sabre à la main et un pistolet à la ceinture, et encore moins des missiles à notre porte. À cette fin, trois pièges doivent être évités.
 
Le premier piège, déjà en place, est d’accepter la logique selon laquelle il y a une guerre des bons, qui doivent être défendus, aidés, armés, contre les méchants, qui doivent être punis, vaincus. Aucune négociation de paix ne peut être fondée sur une telle base. La proposition de cessez-le-feu doit contenir une formulation précise du résultat qui doit être atteint. Une formulation qui n’est pas faite pour les gagnants et les perdants mais pour construire un autre agenda politique dans l’intérêt de toutes les parties et du monde. À cette fin, deux ou plusieurs personnalités de haut niveau moral et professionnel nommées par le Secrétaire général des Nations unies devraient faire partie de l’équipe de négociation. Leur tâche consisterait à suggérer, lorsque cela est nécessaire et demandé, des contributions de solutions acceptables par tous dans l’intérêt de l’humanité.
 
Le second piège consiste à limiter les objectifs des négociations de paix à l’optimisation relative des intérêts de chaque belligérant (Ukraine, Russie, Etats-Unis, OTAN, Union européenne). Les pays belligérants étant à l’origine de tant de destructions et de dommages humains, sociaux, environnementaux et économiques, les négociations doivent également servir à les obliger à prendre des engagements précis en matière de reconstruction et de réparation des dommages non seulement pour les belligérants eux-mêmes, mais surtout pour l’humanité et la vie de la Terre. Les responsables de la guerre mondiale en Ukraine ont détruit les capacités des habitants de la Terre à apprendre à vivre ensemble accumulées dans les années 1950-1990. Ils nous ont fait perdre quelque 50 ans d’histoire qui auraient pu être plus justes, plus solidaires, plus pacifiques, plus heureux. A cette fin, nous, citoyens, ne devons pas rester prisonniers de leur jeu qui consiste à essayer de sortir de la guerre en ayant sauvé au maximum leurs intérêts. Nous devons exiger de nos représentants élus que les négociations établissent les bases (principes et règles) et mettent en place les institutions mondiales appropriées de l’humanité pour sauvegarder et défendre la sécurité et le bien-être de tous les habitants de la Terre.
 
Si cela ne se produisait pas, les négociations de paix se transformeraient en une nouvelle farce mondiale cruelle.
 
Un tel résultat est évitable. Parmi les possibilités offertes, il en est une qui me semble très importante. Je pense à la révolte des scientifiques. Aujourd’hui, nous le reconnaissons tous, notre existence et la vie de la planète sont de plus en plus façonnées, ou plutôt « créées », par nos connaissances scientifiques et nos capacités technologiques, ainsi que par la manière dont nous gérons et utilisons ces connaissances. Si la guerre est possible sous les formes que nous connaissons aujourd’hui (chars, avions de chasse et porte-avions, sous-marins, missiles, armes nucléaires, drones, armes bactériologiques, lasers, moyens de communication et d’information puissants, satellites, etc.), c’est grâce à une multitude de facteurs. cela est dû à des millions de scientifiques, de technologues et de gestionnaires de guerre. Pour différentes raisons, les scientifiques ont été piégés dans des situations et des statuts qui, dans leur grande majorité, les rendent pourtant satisfaits et sereins (statut social élevé, prestige, revenus, sécurité, influence importante influence sur les décideurs, supposés ou réels… ) C’est le troisième piège, qu’il faut faire sauter (et qui ne concerne pas seulement la catégorie des scientifiques). Il a été rare jusqu’à présent que les scientifiques, en tant que profession et en tant que sujet collectif, mènent des actions de dissidence, de critique politique, de révolte contre les « seigneurs » de la politique et de l’économie, mis à part tel ou tel autre cas individuel, ou de petits groupes. Le cas le plus macroscopique de ce piège est représenté par le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), un organisme des Nations unies créé en 1988 pour fournir aux décideurs des évaluations sur le changement climatique et ses conséquences sur les conditions de vie sur Terre. Il s’agit d’un organisme fondé sur la coopération entre des milliers de scientifiques, dont les travaux sont subventionnés par les gouvernements. Il représente une opportunité exceptionnelle pour les scientifiques et les centres de recherche participants en termes de prestige, de financement, d’honneurs et de travaux de grand intérêt et d’importance. Ils doivent cependant signer une condition plutôt bien acceptée par eux au nom de la soi-disant neutralité scientifique : ils doivent s’engager à ne pas faire d’évaluation des politiques actuelles ou de propositions de nature politique, à ne pas proposer de solutions ou de recettes politico-économiques et à ne pas faire de déclarations publiques individuelles ou collectives qui pourraient être utilisées à des fins politiques partisanes.
 
A la lumière de 35 ans d’expérience, on doit et on peut se demander si une telle formule est dans l’intérêt de la population mondiale et de la capacité effective de la science à aider la société à trouver les solutions nécessaires aux problèmes mis en évidence et analysés dans tous leurs aspects ?

À quoi bon produire rapport après rapport, des dizaines de milliers de pages, de données, de tableaux, de graphiques, et construire des scénarios alternatifs, si les scientifiques eux-mêmes acceptent que les décideurs ne fassent rien et qu’ils restent eux-mêmes à regarder du bout de leurs splendides laboratoires et bureaux sans intervenir ? Face au caractère dramatique de la situation, non seulement dans les dimensions environnementales de la vie, la neutralité scientifique (prétendue) ne peut plus être un instrument de commodité pour les politiques comme pour les scientifiques. De plus, les scientifiques sont le seul groupe social qui peut changer et réorienter la recherche scientifique et les utilisations des connaissances produites.
 
Heureusement, il y a quelques semaines, un groupe de scientifiques a décidé d’agir, s’est donné un nom éloquent, « Scientist Rebellion », et a lancé une lettre appelant à la mobilisation des citoyens pour mettre fin au changement climatique. Il a également occupé pacifiquement des locaux de l’université de Munich. L’association prévoit une action plus forte lors de la COP27 en Égypte, qui aura lieu du 6 au 18 novembre.

Voir We are scientists, calling for a climate revolution

À ce jour, plus de 500 scientifiques ont signé la lettre, dont certains, très rares, membres du GIEC. Personnellement, je vais rejoindre la « Scientist Rébellion » et j’espère que ses membres se multiplieront rapidement par milliers.
 
Pour l’instant, la « Scientist Rébellion » ne se mobilise que pour mettre fin aux catastrophes climatiques. J’espère que le combat s’étendra rapidement à des actions contre la guerre globale en Ukraine et les opérations de guerre technologique et économique des États-Unis contre la Chine, pour lesquelles les scientifiques sont « mobilisés » en première ligne. Je suis convaincu que la révolte des scientifiques, en plus et en soutien des révoltes citoyennes déjà en cours, peut avoir un effet important et durable pour vaincre la guerre et créer une humanité responsable.
 
Si les scientifiques sont incités à se révolter pour « sauver la vie de la Terre » d’une extermination massive au cours des 100 prochaines années, pourquoi ne pas le faire aussi pour « sauver l’humanité de la guerre aujourd’hui » ?

 


AUTEUR
Riccardo Petrella – Titulaire d’un doctorat en Sciences politiques et sociales, et du doctorat honoris causa de huit universités : Suède, Danemark, Belgique (x2), Canada, France (x2) et Argentine. Professeur émérite de l’Université catholique de Louvain (Belgique) ; Président de l’Institut européen de recherche sur la politique de l’eau (IERPE) à Bruxelles (www.ierpe.eu). Président de “l’Université du Bien Commun” (UBC), association à but non lucratif active à Anvers (Belgique) et à Sezano (VR-Italie). De 1978 à 1994, il a dirigé le département FAST, Forecasting and Assessment in Science and Technology à la Commission de la Communauté européenne à Bruxelles, et en 2005-2006, il a été Président de l’Aqueduc de la région de Puglia (Italie). Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’économie et les biens communs.


Bron: pressenza3 november 2022

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