De twee gezichten van de macht in Kiev: een regisseur en een acteur

Russian ballerina Lydia Kyaksht (1911)


 

Sinds het begin van de oorlog in Oekraïne wordt het westerse publiek overladen met spectaculaire beelden die zelden gecontroleerd en geverifieerd zijn, terwijl het niets weet over de economische situatie in de Oekraïne of het functioneren van zijn politieke instellingen. De Kievse macht staat grotendeels onder toezicht van experts uit de USA en het Verenigd Koninkrijk, en wordt weerspiegeld in haar oorlogspropaganda. Een figuur die hierbij mogelijk een sleutelrol speelt, iemand die sinds geruime tijd doorgedrongen is tot Oekraïense nationalistische kringen, echter zelf eerder neigt naar het kapitalistisch globalisme. Zijn opkomst in de entourage van president Zelensky blijft mistig, maar hij is het die de hoofdrol lijkt te spelen in de Kievse propaganda die in het Westen wordt gebruikt. Dit roept vragen op over de banden tussen Oekraïense oligarchische kringen en hun westerse aanhangers.
 
Om een ​​sleutelfiguur te ontdekken in de opkomst van de Anglo-Amerikaans-Oekraïense propaganda, die het westerse publiek veroverde, vertaalde de redactie van Le blog de la-Pensée-libre een artikel van Mateusz Piskorski uit het Pools in het Frans. We zien hierin dat het geen principiële kwestie is, maar sprake is van ‘pragmatisch’ opportunisme, die het mogelijk maakt oorlogspropaganda te voeren in een virtuele wereld zonder verplichte banden met de echte wereld.
 
Het artikel is vertaald met toestemming van de auteur.

 


Oleksiy Arestovych – Office of the President of Ukraine

 

Mateusz Piskorski

 
La Russie est à bout. La Biélorussie va entrer en guerre. Les Russes violent les enfants. Les cadavres humains sont minés par les soldats russes. Les abeilles s’attaquent aux agresseurs russes. La Russie fera bientôt la paix en se soumettant aux conditions de Kiev. La paix est juste au coin de la rue, ou peut-être un peu plus tard. Des milliers de messages souvent contradictoires sont diffusés en Ukraine et dans le monde par Alexei Arestovitch, le conseiller de Volodymyr Zelensky, qui s’impose désormais comme le principal directeur de la propagande des autorités de Kiev. Les médias polonais et occidentaux présentent chaque information fournis par cet homme avec un dévouement inébranlable, comme s’il s’agissait d’une vérité révélée. Alors qui est ce réalisateur et pourquoi rencontre-t-il un tel succès manipulateur aujourd’hui ?

L’Acteur

Il est né le 3 août 1975 dans un petit village géorgien, Dedoplis Tskaro. Sa biographie officielle précise qu’il n’est pas d’origine ukrainienne. Il s’agit plutôt d’un enfant des vastes espaces et des nationalités mélangées de l’Union soviétique – moitié biélorussien, moitié polonais. On sait que son père était un militaire, un officier de l’armée soviétique. Des années plus tard, sa famille a quitté la Géorgie pour s’installer en Ukraine. C’est là qu’Alexei Arestovitch a obtenu son bac au lycée n° 178 de Kiev, puis qu’il a passé les examens d’entrée en biologie à l’Université nationale Taras Chevchenko de la capitale.

Cependant, il a préféré s’adonner à un autre type d’activité, plus proche de l’âme d’un artiste – l’improvisation. Il a interrompu ses études et en 1992, il a commencé à jouer en tant qu’acteur au théâtre de Kiev « le Quadrilatère noir » (la dernière fois qu’il est apparu sur sa scène, c’était en 2020).

L’Espion

Cependant, Arestovitch n’était pas seulement intéressé par le métier d’acteur. Il était aussi attiré par une carrière militaire, ou plus précisément par une carrière dans le renseignement. C’est pourquoi il s’est inscrit à l’Institut des forces terrestres d’Odessa, dont il est sorti diplômé en tant que traducteur militaire de langue anglaise. Les traducteurs de l’armée sont, bien sûr, généralement des officiers du renseignement ou du contre-espionnage militaire.

En 1999 (pendant la présidence de Leonid Koutchma), il a commencé son service en tant qu’officier à la Direction principale du renseignement des forces armées ukrainiennes. Le chef des renseignements militaires était alors le général Igor Smichko, Chef du service de sécurité de l’Ukraine (SBU) de 2003 à 2005, puis conseiller du président Petro Porochenko et candidat à l’élection présidentielle et à l’élection du maire de Kiev. Smiechko est d’ailleurs un exemple assez intéressant de l’interpénétration du monde de la politique, des affaires et des services secrets sur les bords du Dniepr.

Arestovitch a quitté le service de renseignement militaire en 2005. Il a présenté les motifs de cette décision dans des interviews ultérieures. « J’ai servi dans le département de la recherche stratégique du ministère de la défense. Les rapports que nous préparions allaient directement sur les bureaux du président, du premier ministre, du ministre de la défense, du président du Conseil suprême, etc. La situation dans le pays a changé après la ‘révolution orange’. Il était devenu absurde que d’anciens directeurs d’usines sucrières commencent à donner des ordres et à instruire les officiers d’active sur la manière de faire leur devoir, ce que j’ai dit une fois directement au commandement. En réponse, j’ai entendu : – Où pensez-vous aller ? Vous continuerez à servir. Le lendemain, je ne suis pas revenu travailler et, après de nombreuses hésitations, j’ai finalement décidé de partir », s’est-il souvenu dans une interview.

Le Politicien et heureux élu

Après avoir quitté les services de renseignement, Arestovitch s’est jeté dans le tourbillon chaotique de la politique ukrainienne. Pour une raison quelconque (peut-être un malentendu avec ses supérieurs dans l’armée), il a pris une position clairement critique à l’égard du premier Maïdan, celui de 2004 à Kiev, appelée la « révolution orange ». Il a rejoint le Parti de la Fraternité dirigé par Dmytro Kortchynsky. Idéologiquement, ce groupe est qualifié de nationaliste-anarchiste, bien que ses couleurs et son symbolisme fassent directement référence au camp noir et rouge, celui du nationalisme d’extrême droite ukrainien. Son chef et fondateur était auparavant connu principalement pour son implication dans la guerre civile tchétchène où il a combattu contre Moscou, ainsi que dans la guerre en Abkhazie – où il s’est battu contre les militants indépendantistes abkhazes du côté géorgien. Il était également un militant de l’Assemblée nationale ukrainienne – Autodéfense du peuple ukrainien (UNA-UNSO), un parti sans équivoque de type néo-banderiste fasciste, au sein duquel on trouve dans sa direction le fils de l’idéologue du fascisme ukrainien Roman Choukhevitch, Youry Choukhevitch. Kortchinsky n’a pas rencontré beaucoup de succès en politique, contrairement à de nombreux autres nationalistes extrêmes. Cependant, il a continué à être présent dans les médias ukrainiens. En 2016, il a dit ceci à propos de la Pologne : « Actuellement, le nationalisme polonais se développe en Pologne et cela se fait au détriment des Ukrainiens. Les revendications historiques et territoriales à notre encontre s’y multiplient… Nous serons donc en état de guerre ou de préparatifs de guerre pour les cent prochaines années, c’est certain. »

Kortchynsky, malgré son insignifiance politique, a fait de bonnes affaires dans la politique ukrainienne qui est extrêmement commercialisée. Son « personnel militant » pouvait être engagé par pratiquement n’importe qui, pour n’importe quel but, pour organiser n’importe quelle manifestation. Bien sûr, cela n’était pas gratuit. En 2005, Arestovich, qui est rapidement devenu le vice-président de sa confrérie, se tenait toujours à ses côtés. En 2009, c’est lui qui a mené l’action de protestation anarchiste de son parti sous le slogan « A bas tout le monde ! ». Dans le même temps, avec Kortchinsky, Arestovitch a commencé à annoncer des travaux sur des plans visant à défendre la Crimée contre une éventuelle agression russe.

Mais, au départ, les relations de ces deux hommes avec Moscou sont assez complexes. En 2005, Arestovitch, critique de la révolution orange, s’est rendue aux réunions du Mouvement eurasien d’Alexandre Douguine à Moscou. Là, avec Kortchinsky, ils ont appelé au développement de tactiques communes et efficaces contre les révolutions de couleur dans l’espace post-soviétique. Aujourd’hui encore, certains opposants le soupçonnent d’avoir gardé des liens « d’agent » avec le Kremlin, bien que – étant donné la position réelle de Douguine – cela soit peu probable.

La dernier épisode du lien politique d’Arestovitch avec Kortchinsky et sa confrérie a été la protection que ce dernier lui a accordée pour trouver un emploi. En 2009, il est devenu chef adjoint de l’administration de la région d’Odessa. À l’époque, le maire de cette ville était un ami de Kortchynsky, Eduard Gourvitch, un politicien et homme d’affaires anticommuniste d’origine juive, qui est devenu célèbre en 1999 pour avoir renommé une des rues d’Odessa en l’honneur de l’écrivain Alexandre Griboyedov, au profit de l’ultranationaliste Choukhevitch. Arestovitch a ensuite quitté son emploi à Odessa, après quelques mois. Et il a alors disparu de l’espace public pendant un certain temps.

Le Psychologue

Pendant ce temps, l’actuel conseiller de Zelensky a suivi un cours de psychologie assez particulier dispensé par le gourou russe Alexander Kamensky (alias Avessalom le Sous-marin). Kamensky pratique une synthèse exotique de la psychologie, des pratiques ésotériques inspirées du courant New Age et des méthodes thérapeutiques de la psychanalyse. Arestovitch a concentré ses études principalement sur les techniques d’influence et de manipulation. Cela lui a permis d’ouvrir sa propre entreprise en tant que « coach » et conseiller psychologique. Il a commencé à développer une entreprise privée dans ce domaine, mais il semble toujours avoir voulu utiliser ses compétences non pas dans les affaires, mais plutôt dans l’armée, les services secrets et la politique.

l’Expert et l’« anti-terroriste »

En 2014, après le début de la guerre civile dans le Donbass, Arestovitch a commencé à développer des activité de commentateurs sur les médias sociaux. Il a commencé à être invité en tant qu’expert par les médias traditionnels ukrainiens. Il a tenté de prévoir des scénarios pour la suite du conflit. Il convient toutefois de noter que toutes ses prédictions sont formulées de manière à ce que leur véracité puisse être vérifiée positivement au premier coup d’œil. En fait, ces prédictions sont généralement très vagues ou multivariables. Toutefois, cela fait partie de la promotion de sa propre image, à laquelle Arestovitch a commencé à se livrer avec succès.

Un élément similaire de ce type a probablement été sa décision de participer en tant que soldat contractuel à l’opération antiterroriste (ATO) contre les habitants du Donbass. Il a utilisé cette présence sur le front de deux manières. Tout d’abord, il a commencé à se présenter de plus en plus largement comme un expert et un analyste militaire hors pair (sa présence dans la zone de conflit armé était censée crédibiliser son statut). Deuxièmement, il a créé une légende sur sa propre présence dans la zone de conflit, racontant, par exemple, qu’il a traversé la ligne de front 33 fois. Le problème, c’est qu’il n’était pas stationné sur cette ligne, mais à Kramatorsk, c’est-à-dire loin du front.

En conséquence de ses activités sur les « médias sociaux », des centaines de milliers d’abonnés ont commencé à regarder le profil Facebook d’Arestovitch et ses vidéos sur sa chaîne YouTube. À un moment donné, surfant sur le vague qui le caractérise, il a même pu prédire le déclenchement de la guerre russo-ukrainienne. Il continuait simultanément à dispenser des formations en psychologie, aidé en cela par sa reconnaissance médiatique croissante.

Le visage de Zelensky

En 2019 et dans la première moitié de 2020, il dénonçait le président Zelensky récemment élu en des termes peu flatteurs. À l’automne 2020, il a soudainement commencé à faire l’éloge du président, après quoi il est devenu rapidement le porte-parole de la délégation ukrainienne au sein du groupe de contact tripartite sur les accords de Minsk. Cela lui a permis d’être reconnu au niveau international ; c’est lui qui présente la position de Kiev dans les négociations sur le Donbass discutées par tous les médias.

Il a insisté de plus en plus sur le fait qu’il ne pouvait être question pour Kiev de mettre en œuvre un quelconque accord. Dans une interview accordée en 2021, il déclarait sans ambages qu’au Donbass, la « guerre ukraino-russe » se poursuivra pendant très longtemps. Lorsqu’il devint conseiller supplémentaire du chef du bureau d’Andrei Yermak, en septembre 2021, il a carrément déclaré que la réintégration du Donbass au sein de l’Ukraine est un plan qui sera mis en œuvre au cours des 25 prochaines années, et que toute discussion entre Kiev, Donietsk et Lugansk est inutile.

Le Propagandiste professionnel

Pendant son service armé dans le Donbass, Arestovitch s’est entraîné à utiliser les instruments de la propagande de guerre. En 2015, lors de l’encerclement des unités ukrainiennes par les séparatistes près de Debaltsevo, il a soutenu – contrairement aux faits et aux chiffres – que les pertes de Kiev étaient insignifiantes. Mais en 2017, il a déclaré carrément dans une interview : « Chers amis ! Je vous ai beaucoup trompé depuis le printemps 2014. Les fausses informations que j’ai fournies concernaient deux domaines principaux : – la création d’une illusion patriotique selon laquelle ‘nous sommes tous unis, nous nous respectons les uns les autres et nous sommes des héros’, et qu’un avenir brillant attend l’Ukraine ; – une propagande noire contre la Fédération de Russie. Il s’agissait d’activités purement de propagandiste, qui se sont développées face à l’agression militaire de la Russie contre l’Ukraine. Après trois ans, je suis arrivé à la conclusion que la propagande fait partie de la guerre, qu’elle est possible et même nécessaire (malheureusement) sur une base anonyme, c’est-à-dire à condition de ne pas y apposer son propre nom ».

Alexei Arestovitch est un magicien de l’image qui réalise ses tours sur commande et pour sa propre satisfaction. Malgré son passé partisan et ses déclarations agressives et théâtrales, il n’est en fait pas le moins du monde un nationaliste ukrainien. « Je ne suis pas un patriote. Pas seulement de l’Ukraine, mais de tout État-nation. Je suis un patriote du “projet n° 5“, le projet d’une Terre unie dans l’esprit de Pierre Teilhard de Chardin et de Vladimir Vernadsky. Parmi les figures de nos contemporains, je suis le plus proche d’Elon Musk, l’homme qui incarne avec le plus de constance et d’activité le projet de reconstruction du système social ‘Humanité’ dans une dimension polyglobale… Sur les questions de reconstruction de la mémoire historique, de justice, de luttes, de victoires et de défaites, d’émergence des nations, de langues, de blessures historiques, je ressemble à un soldat sur le pou. Je crache sur tout cela depuis la haute tour du noosphérisme. Je peux même reconnaître leur importance, mais pour moi, tout cela est simplement inintéressant. C’est pourquoi je parle la langue dans laquelle je suis le plus à l’aise. Si vous êtes patriote, je respecte cela. Mais je n’aime pas du tout la variété de patriotisme qui nous a tous séduits ici. Si, en mon nom, nous devons garder le silence sur certaines choses et faire pression sur quelqu’un, alors je ne participe pas à un tel patriotisme », a-t-il déclaré dans un interview. Sur sa chaîne YouTube, il souligne qu’il utilisera le russe pour deux raisons : parce que c’est la langue qu’il utilise pour communiquer avec sa famille à la maison et parce qu’il veut pratiquer une propagande efficace visant un plus grand nombre de personnes.

Il est intéressant de noter qu’Arestovitch a aussi honnêtement admis – et il l’a dit dans le contexte du retrait américain d’Afghanistan – que l’introduction de normes démocratiques uniformes et universelles dans différents pays ne fonctionnait pas. Et cela inclut l’Ukraine. Toutefois, avant même le déclenchement de la guerre, il a proposé de rebaptiser l’Ukraine en Ukraine-Ruthénie. Bien qu’il ait déclaré par la suite qu’il s’agissait d’une plaisanterie, il s’agissait certainement d’une tentative ambitieuse d’introduire la question de la rivalité autour de l’héritage de la Ruthénie de Kiev dans le débat public au profit de l’Ukraine.

Un chef-d’œuvre d’images

Aresovitch, qui a toujours rêvé d’influencer les gens, exerce aujourd’hui de fait son influence à l’échelle mondiale. Les récits et la désinformation qu’il formule sont diffusés non seulement en Ukraine, mais aussi dans tout ce qu’on appelle l’Occident et même partiellement aussi dans l’espace post-soviétique. Il s’agit sans aucun doute d’un homme d’une grande créativité et d’un talent de manipulateur.

En face de lui, le général en uniforme Igor Konachenkov, porte-parole du ministère russe de la Défense, avec ses messages secs et raides n’éveillent pas l’imagination des gens. Konachenkov vient d’une époque antérieure, celle d’avant les médias sociaux. Ce problème est de plus en plus reconnu en Russie, mais il est trop tard pour reprendre l’initiative sur la ligne de front de la lutte pour imposer sa narration.

Arestovich n’est certainement pas un génie solitaire. Il est assisté par les meilleurs cabinets de relations publiques des États-Unis et du Royaume-Uni. Cependant, c’est lui qui joue le rôle d’un des des plus importants visages du pouvoir de Kiev. Il est acteur et metteur en scène, apparemment beaucoup plus indépendant que son directeur officiel Zelensky. Pour l’instant, y compris en Pologne, son influence sur l’opinion publique est bien plus grande que celle des politiciens locaux. Va-t-il un jour, comme il l’a fait en 2017, dire à quels mensonges il a recouru et révéler les techniques de la très efficace propagande de guerre ukrainienne ?

 


AUTEUR
 
Mateusz Piskorski – Universitaire, politologue, ancien député d’un parti de gauche patriotique, partisan d’un rapprochement de la Pologne avec les pays d’Eurasie, opposé à l’OTAN. Il a été interné pendant trois ans sous l’accusation d’espionnage au profit de la Russie et de la Chine, sans qu’aucun élément sérieux ne soit produit pour soutenir cette accusation. Il a été finalement libéré sous caution à la suite des pressions du Bureau des Nations Unies sur les internements abusifs. Mais l’enquête le visant se poursuit de façon à ce qu’elle soit interminable et, en attendant, il est interdit de sortie du territoire polonais et ne peut pas non plus retrouver un emploi stable dans son pays.

 


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